La soie de Mozac est l’une des pièces textiles médiévales les plus emblématiques conservées en France. Sa datation et son origine font l’objet d’un débat passionné parmi les historiens :
Le Musée des Tissus et des Arts Décoratifs de Lyon affirme, dans son catalogue, que cette soie aurait été offerte par Pépin le Bref (père de Charlemagne) à l’Abbaye de Mozac, après l’avoir reçue de l’Empereur byzantin Constantin V aux alentours de 761, en remerciement de l’aide franque contre les Lombards.
Les travaux de Maximilien Durand proposent une chronologie différente : la soie viendrait plutôt de Pépin II d’Aquitaine (vers 847), qui l’aurait reçue de son père Pépin Ier, lui-même l’ayant obtenue de Louis le Pieux, qui l’avait reçue en cadeau de l’Empereur byzantin Théophile en échange d’une aide militaire contre l’invasion arabe.
Quoi qu’il en soit, cette pièce exceptionnelle fut déposée dans l’Abbaye de Mozac et y resta jusqu’au début du XXe siècle, avant d’être rachetée par le musée lyonnais. La pièce y est aujourd’hui exposée dans un état de conservation remarquable.
La soie représente deux empereurs byzantins empalant un lion lors d’une chasse royale. Ce type de représentation — appelé soie impériale de chasse — est une forme de propagande politique textile : il exalte la puissance, la virilité et la gloire de l’Empire Byzantin, destinée aussi bien à impressionner les populations de l’Empire qu’à éblouir les cours royales étrangères qui recevaient ces tissus comme cadeaux diplomatiques.
La présence de cette soie byzantine à l’Abbaye de Mozac illustre parfaitement les relations diplomatiques et religieuses intenses qui liaient l’Empire Byzantin et l’Empire Carolingien naissant. Ces deux puissances, bien que rivales pour l’hégémonie en Méditerranée, s’échangeaient ambassades, princesses, théologiens et surtout cadeaux de prestige — dont la soie byzantine était le summum absolu.